Le choc a bien eu lieu ce samedi 24
septembre à l'Eden Park d'Auckland entre les deux archi-favoris de
la coupe de monde rugby 2011. D'un côté les All Blacks, porteurs
des espoirs de toute une nation, de l'autre la France venue avec
les meilleurs joueurs du meilleur des championnats de la planéte
ovale.
Richie McCaw, le capitaine des
Blacks aux 100 sélections, avait prévenu avant le match : "nous
craignons les Bleus parce qu'ils sont imprévisibles, ils sont là où
on ne les attend pas". Prémonitoire !.
Après les hymnes, et sans doute
pour se donner du courage, les Blacks exécutent leur terrible haka,
le Kapa O Pango, dans une chorégraphie inspirée des meilleures
prestations du Bolchoï. Cette danse folklorique locale
n'impressionne pas les Français, droits dans leurs crampons et
fiers comme Artaban.
L'entame du match est titanesque,
les Bleus donnent le la, le si et surtout le sol, privent les
Blacks de ballon et campent pendant 10 minutes dans les 22 adverses
en faisant circuler le balle de droite à gauche, de gauche à
droite, de bas en haut et de haut en bas, mais en évitant
soigneusement d'aller à l'essai. La leçon de rugby atteint son
paroxysme lorsque Morgan Parra, qui n'a pas effectué un seul match
de préparation à l'ouverture, tape un drop dans un fauteuil en
visant le poteau et le touche ! Quelle humilation pour les Blacks !
Les Bleus les ont baladés dans tous les sens sans daigner leur
planter un essai et voilà que Parra, Monsieur quasi 100% dans ses
tirs au but, fait exprès de taper sur un poteau ! Du grand art, du
grand spectacle, de la classe chez ces Bleus !
A cet instant de la partie, les
Blacks sont au fond du trou, le regard hagard, cherchant de l'aide
sur le banc et dans les tribunes. Ils ont compris que les Bleus
n'ont pas mis d'équipe B ou C, qu'ils ne sont pas simplement venus
pour gagner mais bien pour les mettre fanny ! La stratégie du choc
et de l'effroi : les Blacks fanny dans leur propre coupe du monde
!. Quel séisme !
A ce moment précis, s'il avait eu
une noix dans le derrière, Carter aurait fait de l'huile ! McCaw,
tendrement surnommé Macouille par son entraîneur, pensait à cette
centième et sans doute dernière sélection gâchée par la maestria
des Bleus. Il se voyait déjà à la retraite à Calcutta, sur les
traces de mère Thérésa, en train de donner des leçons de "French
touch rugby" aux orphelins des bidonvilles. Graham Henry, le
"coach", repensait au drame de 2007 et à la défaite de Cardiff. Il
se voyait enfin partir faire un tour du monde à la voile en
solitaire et sans escale. Il notait fébrilement quelques phrases
sur son vieux carnet de professeur : penser à passer le Kärcher sur
la coque et à prendre mes livres français préférés, "Le discours de
la méthode" de René Descartes et "Zadig et Voltaire, une leçon de
vie" de Frédéric Lefebvre. Pour lui, ces deux oeuvres immenses
résument à elles seules le génie français : la méthode pour
Descartes, l'imprévisibilité pour Lefebvre.
Mais la leçon des maîtres es-rugby
était maintenant terminée, et les Bleus, beaux joueurs, laissèrent
alors les Blacks s'amuser un peu à domicile et faire plaisir aux
60.000 supporteurs qui avaient payé cher pour voir ces si
imprévisibles Bleus donner un récital rugbystique comme rarement
une équipe avait su le faire. Remember Cardiff, Dunedin et
Wellington pour ses tables de nuit !
Complètement déboussolés par ce
changement aussi brutal que soudain de tactique, les Blacks
bafouillèrent dès lors leur rugby. Leurs arrières ne surent plus
quoi faire du ballon et devant des Bleus qui évitèrent alors
subtilement de les plaquer pour ne pas les blesser et fausser le
score de la future finale, pour le cas ou les Blacks réussiraient à
se qualifier, ils zigzaguèrent comme des canards sans tête dans la
défense française au lieu de foncer tout droit et d'aplatir
tranquillement entre les poteaux comme le voudrait la bienséance et
la bonne éducation, valeurs qui semblent toutes deux étrangères à
ces Blackounets. Sans même parler du style et de l'efficacité ! Que
d'essais faciles ratés, que de courses superflues, de feintes
inutiles, de tampons superfétatoires, de coups de pied tactiques
déplacés ! Pauvres Blacks, malgré toute la bonne volonté des Bleus,
ils n'arrivèrent à la mi-temps qu'avec 3 essais d'avance. Autant
dire rien face à la fantastique armada du Top 14 et de la H-Cup
réunis.
La deuxième partie du match fut
bien moins passionnante. Les Bleus offrirent un essai à leurs hôtes
dès le retour des vestiaires, histoire d'encourager un peu des
Blacks palots. Pour montrer qui était le patron sur le terrain, nos
vaillants représentants lancèrent Mermoz, dont absolûment personne
ne s'était encore rendu compte qu'il était dans l'équipe, sur
orbite pour un essai sur un contre qui montra, si besoin était, à
quel point ces Blacks étaient naïfs ! Ne faisant pas le voyage pour
rien, Mermoz en profita pour chambrer un peu les autochtones afin
d'éviter l'endormissement et remettre les pendules à l'heure.
Presque dans la foulée, Trinh-Duc
marqua un essai tout en ruse en partant des 5 m, alors que les
Blacks, toujours aussi naïfs et à côté de leurs crampons étaient en
train de reprendre leur souffle suite à un cours de mélée fermée
administré quelques secondes plus tôt par des Bleus qui déroulaient
leur tactique et les schémas mijotés par l'encadrement dans les
secrets de Marcatraz.
Pour bien finir et ne pas casser
l'ambiance, les Bleus firent une feinte encore jamais vue à ce
niveau. Sur le renvoi, ils soulevèrent un réceptionneur à 10 m du
point de chute du ballon et Thomson, complètement pris au dépourvu,
reprit la balle de volée et oublia bêtement d'aller aplatir
directement dans l'en-but. Le pauvre bougre, empoté comme un
junior, arriva tant bien que mal à passer le ballon et il fallut
alors au moins trois ou quatre passes à cette laborieuse et
besogneuse équipe des Blacks pour aplatir un cinquième essai qui
sauva l'honneur, en quelque sorte.
Le match se termina sur une note
sympathique, où les Bleus, après s'être régalés sur le plan
tactique et après avoir appris aux Blacks 2 ou 3 petits trucs de
pros du Top 14 pour améliorer leur jeu, firent une haie d'honneur à
ses braves guerriers à la fougère d'argent. Pas fâchés du tout, les
Blacks rendirent leur haie d'honneur à ses incroyables Bleus qu'ils
admirent tant pour leur caractère aussi imprévisible. Pour faire
écho à ce que disait Richie McCaw avant le match, ils ajoutèrent en
choeur : "les Bleus ne sont jamais là où on les attend ni là où ils
devraient être". Quelle perspicacité !
Seule ombre au tableau à la suite
de cette prestation d'anthologie, le comportement de Julien
Bonnaire, qui s'est entêté à prendre chaque ballon en touche de
manière impeccable. Il n'a pas su respecter les consignes et cacher
son jeu pour mieux se réserver pour la finale. Il sera sans nul
doute attendu par des Blacks aux abois. Triste personnage, piètre
équipier, il est plus que certain qu'il ne jouera pas contre les
Tonga, à cause d'un manque évident d'esprit collectif et de
solidarité.
Ce dimanche matin dans la presse
néo-zélandaise, Graham Henry accusait le coup et tirait sa mine des
mauvais jours (voir photo) : "ce match contre une équipe plus
difficile à jouer a permis de mettre en évidence certaines
faiblesses qu'il faudra corriger(1)".
La conclusion s'imposa d'elle même
après cette partie maîtrisée de bout en bout par une équipe de
France sûre de sa force, de sa ruse et de sa tactique : Sun Tsu en
serait mystifié et Clausewitz sur les rotules. La route de la
finale est maintenant totalement dégagée pour nos valeureux Gaulois
! Un boulevard, une autoroute, un pas de tir de lancement de la
fusée Ariane !
Dans les tribunes de l'Eden Park,
il se murmurait que l'encadrement tongien avait demandé à ses
joueurs de passer des IRM 3D en urgence pour qu'ils puissent mieux
numéroter leurs abâtis avant le dernier match de
poule(2) contre les Bleus.
Martin Johnson a d'ores et déjà
supprimé le pudding au menu des joueurs anglais. Tindall est même
privé de sortie en boîte la veille des matches. Johnson craint
particulièrement les placages désintégrants des Français qui, comme
le souligne Marc Lièvremont, ont tous "pété" leurs records en
muscu. Johnno ne veut pas voir ses joueurs finir en mauvais
porridge en quart et leur a demandé de faire plus de pompes dans
leur chambre le soir pour renforcer leur gainage.
Declan Kidney, dit "Dickie les gros
rognons", le "coach" des Irlandais oblige dès à présent ses
pré-retraités O'Driscoll, D'Arcy, O'Gara, O'Callaghan et O'Connell
à marcher dans les couloirs de l'hôtel avec des déambulateurs pour
arriver frais en demie. Il pense même laisser ses vieux au repos en
quart ! Il a été soufflé par la ruse d'Harinordoquy qui a
volontairement reculé de 15 m balle en main sur une charge de ce
benêt de McCaw pour mieux en garder sous la pédale pour affronter
la verte Erin.
Thierry Lacroix, Monsieur rugby sur
TF1, sorti de sa retraite australienne, confirme cette analyse avec
son enthousiasme légendaire, sa gouaille toute landaise et son
régécolor Schwarzkopf. Cette fois-ci la coupe Webb Ellis est pour
nous, "in the bag" ! Elle ne pourra pas nous échapper et la finale
contre les Blacks, si ces modestes danseurs de haka arrivent à se
qualifier, ne sera qu'une simple formalité.
Dans leur tableau, les Blacks
devront par contre s'employer sévère pour sortir les bourrins Boks
et les donzelles(3) autraliennes, mais l'exploit est
possible car ils jouent à domicile et ne veulent pas décevoir leur
public.
Vivement la finale et allez les
Bleus !
(1) Véridique !
(2) De l'anglais "pool",
femelle du coq !
(3) "Ladies" dans la
presse néo-zélandaise.
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